18/12/2005
Le point final
Le principe d’inertie démontre que « tout corps qui n’est soumis à aucune force est soit au repos, soit animé d’un mouvement rectiligne uniforme ». Mais connaissez-vous l’inertage ; l’inertage est défini comme étant « l’enrobage d’un déchet dans un verre ou dans un liant hydraulique pour empêcher la dissémination de ses composés toxiques dans l’environnement ». Le corps ainsi enveloppé devient inerte : corps sans mouvement n’ayant plus aucune activité, aucune énergie. Ce corps est pourtant bien en vie mais il est mort car il ne peut ni se développer, ni avancer, ni changer.
L’Homme a tendance à pratiquer l’inertage. Lorsqu’il y parvient, lorsque l’inertie vient affecter le corps humain, c’est la vie même de ce corps qui est mise en jeu ; car l’Homme ne se définit que dans le mouvement, dans l’action mais dans l’action pensée et dirigée. L’inertie, c’est la mort de l’Homme.
Qu’est-ce qui différencie les êtres humains, des animaux. C’est cette faculté de donner du sens à ces actes dans une direction donnée. Toute action bien dirigée mais non pensée est une action inerte. Toute action bien pensée mais non dirigée est une action inerte. L’inertage menace notre condition d’Homme, c’est une maladie mortelle et j’en parle en connaissance de cause.
Ainsi, nous pouvons vivre toute notre vie en corps inerte ou bien vivre en Homme. Ce choix n’est pas si simple ; pourquoi se compliquer la vie ? L’inertie peut nous rendre heureux, elle peut nous accompagner toute une vie et ne pas nous empêcher de vivre. Pourquoi devenir Homme et comment le devenir ? Parce que l’Homme ne se définit que dans le mouvement, demeurer ce que l’on est c’est un peu mourir chaque jour davantage sans en avoir conscience. Une collègue de travail l’autre jour se plaignait de l’attitude incompréhensible de son fils alors qu’elle n’avait jamais fait en sorte qu’il soit élevé de la sorte. Cette mère est comme la plupart des mères, elle pense avoir elle-même créé un Homme et en plus « à son image ». Quelle prétention.
J’ai fait le choix il y a quelques mois de devenir ce que je ne suis pas encore et surtout de ne pas demeurer ce que je suis parce que l’inertie est la pire des choses qui puisse arriver à l’être humain. Changer ne voulait pas dire changer en mal ni en bien d'ailleurs (et certains de mon entourage ne l'ont pas compris). Changer voulait dire changer pour devenir humain.
Etre humain n’est pas une chose innée, ni une chose qui se transmet. Etre humain est une conquête qui s’entreprend librement par l’Homme lui-même. L’Homme est responsable de sa propre création, il se crée lui-même en quelque sorte toujours par ce désir de conquête qui le pousse à avancer et à aller toujours plus loin ; l’Homme est libre de vivre ou de mourir, peu importe ses origines, son parcours, il a toujours le choix. Cette conquête de l’humain qui s’entreprend librement n’est pas si simple. L’Homme doit se donner au monde par le biais du travail, de l’art, des relations, de la maternité, etc. L’Homme se donne au monde et se nourrit du monde, l’Homme apprend, comprend, découvre et agit. L’Homme par sa capacité à analyser une situation surmonte les épreuves et en tire l’énergie nécessaire pour continuer à avancer.
Peut-être aurais-je envie un jour de donner un enfant au monde pour qu’il devienne ce que je ne suis certainement pas encore aujourd’hui et qu’il soit tout sauf moi mais un être unique pour l’humanité.
L’Homme n’est pas un corps inerte, l’Homme est un aventurier. Aussi, je ne mettrai pas un point final à mon aventure car c’est l’aventure de ma vie. Je ne sais encore où cela me mènera mais l’inconnu est bel est bien beaucoup plus attrayant que le connu qui nous enveloppe et nous sécurise mais ne nous fait certainement pas vivre.
J’ai décidé enfin de vivre en toute liberté et seule la mort y mettra un point final mais je ne serai déjà plus de ce monde quand le moment arrivera puisque nous ne pouvons être conscient de notre propre mort.
:-)
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14/12/2005
Les choses ne sont ni vraies, ni fausses, elles sont
J’ai lu récemment un article qui traitait du temps que nous passons à vivre pleinement en toute conscience notre vie. Si je calcule le temps passé à dormir, le temps passé dans l’inaction, le temps passé à des activités dont je n’ai pas été demandeur, le temps passé dans l’ennui, le temps passé à me plaindre, le temps passé à parler pour ne rien dire ou à jouer à être une autre, le temps passé en n’étant pas acteur de ma vie mais simplement spectateur, je peux en déduire aujourd’hui que je n’ai pratiquement pas vécu et je crains de ne pas avoir le temps désormais d’accomplir ce que je souhaite, car si je continue à ce rythme là, il ne me reste que très peu de temps à vivre. Cela est effrayant non ?
Ma collègue de travail qui a plus de dix ans de plus que moi m’a dit l’autre jour qu’elle se languissait d’être à la retraite pour profiter de la vie. Je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec l’article que j’avais lu la veille et qui s’intitulait : « Mortels, vous vivez comme si vous deviez toujours vivre » (« Sénèque »). J’ai réalisé en fait que ma collègue qui craint bien évidemment la mort comme moi d’ailleurs à des désirs d’homme immortel. Elle présuppose qu’elle sera toujours en vie dans dix ans et remet à demain ses désirs de mortel. C’est une façon de nier l’inévitable que de se projeter indéfiniment et de garder le meilleur pour la fin sans jamais le réaliser. C’est une façon de vivre qui nous sécurise davantage. Mais je me pose la question aujourd’hui, faut-il garder le meilleur pour la fin ou bien consommer immédiatement quitte à être blaser le restant de mes jours. Je pense choisir la deuxième solution dès à présent.
J’ai compris récemment à quel point j’étais aveugle et j’avoue que ce fut un choc d’ouvrir les yeux.Les choses qui nous entourent, les évènements qui arrivent sont ni vrais ni faux. Je ne peux pas dire qu’un tel est idiot, ou bien qu’un autre est un tyran. Je ne peux pas dire non plus que les gens sont horribles, que l’homme est vraiment individualiste et mauvais. Les choses et les évènements sont, c’est tout. C’est ce que l’on dit sur eux qui est vrai ou faux. Ainsi, une situation sera insoutenable pour certain, et tout à fait viable pour les autres. D’autre part, je me suis demandée si j’étais certaine que ce que je disais venait réellement de moi ou bien si cela ne m’avait pas été inculqué par d’autres ; est-ce bien moi qui pense, et qui parle, ou d’autres ?
Je pense qu’avant de répondre ou avant d’ouvrir la bouche désormais, je me poserai tout d’abord la question suivante : qui parle quand je dis « Je » ? Je suis tombée par hasard sur un livre qui traitait de la PNL (« Agir en leader avec la Programmation Neuro Linguistique » de Pierre LONGIN). J’avoue avoir beaucoup appris sur mon cerveau. Après avoir lu ce livre qui peut d’ailleurs être très utile si vous êtes en recherche d’emploi et si vous souhaitez décrypter votre interlocuteur qui pense maîtriser le sujet d’ailleurs, j’ai compris combien les ancrages pouvaient permettre à celui qui en a la maîtrise de manipuler la personne qui est en face de lui. Cette méthode permet de générer chez votre interlocuteur certaines actions, d’éprouver même certaines émotions dont vous êtes l’initiateur. Après avoir terminé ce livre, j’ai compris que nous étions élevés depuis nos premiers jours par des manipulateurs de conscience, alors même que celle de l’enfant n’est pas encore autonome. Je comprends mieux désormais ce que nous disait J.P. Sartre lorsqu’il parlait de la mort de son père, Jean-Baptiste, dans « Les mots » (peut-être est-ce pour cela qu’il n’a jamais eu d’enfant) :
« Ce n’est pas tout de mourir, il faut mourir à temps »« Je devais ma liberté à un trépas opportun, mon importance à un décès très attendu. Mais quoi : toutes les pythies sont des mortes, chacun sait cela ; tous les enfants sont des miroirs de morts »
« La mort de Jean baptiste fut la grande affaire de ma vie : elle rendit ma mère à ses chaînes et me donna la liberté ».
« Il n’y a pas de bon père, c’est la règle ; qu’on n’en tienne pas grief aux hommes mais au lien de paternité qui est pourri. Faire des enfants, rien de mieux ; en avoir, quelle iniquité ! Eût-il vécu, mon père se fût couché sur moi de tout son long et m’eût écrasé. Par chance, il est mort en bas âge ; au milieu des Enées qui portent sur le dos leur Anchises, je passe d’une rive à l’autre, seul et détestant ces géniteurs invisibles à cheval sur leurs fils pour toute la vie ; j’ai laissé derrière moi un jeune mort qui n’eut pas le temps d’être mon père et qui pourrait être, aujourd’hui mon fils. Fut-ce un mal ou un bien ? Je ne sais ; mais je souscris volontiers au verdict d’un éminent psychanalyste : je n’ai pas de Sur-moi ».
J’ai lu récemment un dossier sur le développement de l’être humain, de la petite enfance à l’âge adulte. Il paraît que nous sommes tous asexués jusqu’à l’âge de 6 ou 7 ans. En effet, il ne suffit pas de naître fille pour devenir fille et garçon pour devenir garçon. A la naissance, nous n’avons pas conscience de notre sexe. Ce qui est effrayant c’est que nous sommes asexués jusqu’à l’âge de 7 ans. De plus, confronté à des évènements traumatisants, l’enfant peut rester asexué toute sa vie, sans même en avoir conscience. Ceci se traduira par un malaise général dont il ne connaîtra pas la source, une grande difficulté à lier des relations sociales, une impossibilité d’éprouver de l’amour et se sentir lui-même aimé, il devient en fait un névrosé, un inconscient de sa névrose. Nous pouvons vivre en couple, fonder une famille tout en étant asexué. Nous pouvons être père, devenir mère tout en étant asexué. Enfant, nous devons choisir notre sexe et ce sont nos parents (où ceux qui tiennent ce rôle pour l’enfant) qui ont une lourde responsabilité dans ce domaine. Etre asexué pour un homme n’est pas ne pas avoir de relations sexuelles, c’est une absence totale de désir sexuel pour la personne du sexe opposé. Le seul désir qu’il éprouve c’est lui-même qui peut se le procurer. N’ayant pas conscience de son propre sexe, l’homme demeure fermé à la relation pour toujours. Ceci est effrayant.
16:05 Publié dans L'encre du jour | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
07/12/2005
Quelle chance ils ont !
Après la vague de froid : un retour à la civilisation.
Il est difficile de rependre le travail au bout de 10 mois d’arrêt. Le cerveau est soudainement frappé d’amnésie. En plus, si dans l’intervalle on vous change de bureau, alors là sans repère psychiques et sans repères physiques, vous avancez comme un robot ou bien à l’instinct, vous devinez comme par enchantement où se trouve le papier à en tête, la perforeuse ou l’unique agrafeuse en état de marche du bureau. Soudain, vous êtes frappés de voyance et vous découvrez certaines choses qui n’ont pu être démasquées...
Ce qui m’a le plus perturbé, c’est de constater qu’un immeuble s’était construit devant la fenêtre ; maintenant je peux compter les nombreuses pauses de mes voisins d’en face pendant que nous, nous bossons!!! Ils ont de la chance de pouvoir mettre le nez dehors sur la terrasse ; j’ai l’impression d’être en cage quand je les vois bouger moi, qui demeure assise, presqu' immobile devant mon écran d’ordinateur pendant des heures ! Ces gens là, je les envie parce qu’ils ont un dirigeant exceptionnel. Cette homme est sans doute un chef d’entreprise semblable à tous les chefs d’entreprise, un homme (ou une femme : ne soyons pas sectaire) très occupé, n’ayant pas une seconde à lui (le pauvre !); et ne prenant le temps de respirer uniquement lorsqu’il est à 10.000 mètres d’altitude. Même s'il échoue dans sa recherche d'air pur, il profite pleinement de son unique moment de détente entre deux avions, il se ressource je vous l'assure (il en est d'ailleurs persuadé lui-même) avant de replonger dans sa tourmente journalière.
J’en reviens à ce chef d’entreprise qui dirige un grand groupe italien dans le domaine des télécommunications. Cette homme (car il s’agit bien d’un homme et non d’une femme) est un homme de petite taille mais qui lui, n’est pas frappé d’amnésie, son cerveau en vaut dix (dix de ses semblables bien sûr). Il a compris que nous manquions d’air dans nos bureaux climatisés. Sans doute a-t-il fait une overdose des 10.000. Cette homme a compris que son personnel avait besoin d’air pour vivre, cela est peut-être quelque chose de basique mais encore faut-il le réaliser. Il a compris qu’un cerveau bien oxygéné devait sans doute mieux fonctionner qu’un cerveau à la limite de l’asphyxie. Ceci n’est pas difficile à comprendre ?
Ce matin, en regardant par la fênêtre, je les enviais doublement parce que je sais ce que d'autres de mes collègues ne savent pas encore. Non seulement ce dirigeant a prévu une terrasse de près de 200 mètres carrés qui domine le centre d'affaires du port mais il a eu l'ingénieuse idée d'y planter de l'herbe et c'est sur l'herbe que ses employés déambulent tous les matins, un café à leur main droite, le portable à leur main gauche. Quelle chance ils ont !
13:41 Publié dans L'encre bleu | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


